La longueur des ceintures en reconstitution

Traduit par Thomas Guay-Vachon

Il y a quelques “faits” en reconstitution qui ne sont jamais remis en cause, même si ce devrait être le cas. C’est ce qu’on appelle des « reconstitutionismes » et sont appliqués autant par les nouveaux que les vétéran. Dans cet article, nous allons montrer l’un de ces reconstitutionismes, le mythe autour de la longueur des ceintures dans le début du moyen-âg, en se basant sur les travaux du reconstituteur allemand Christopher Kunz.

Il est évident, à partir des sources, qu’il y a quelques approches envisageables sur le port de la ceinture au début du moyen-âge. Ces approches puisent leurs origines dans l’environnement culturel et le développement local, la hiérarchie sociale, le sexe et l’utilisation. L’idée d’utiliser un format uniforme avec la même largeur et longueur est donc erronée. Inspiré par les interrogations fréquentes de reconstituteurs débutants sur la longueur des ceintures, cet article essaiera de faire un compte-rendu sur la longueur des ceintures d’hommes en se basant sur les preuves iconographiques et archéologiques.

Fig. 1 : Tombe #59 du site funéraire de Haithabu-Flachgräberfeld.
Arents – Eisenschmidt 2010b: 308, Taf. 10.


Ceintures simples avec un bout court (jusqu’à environ 20 cm)

Ce type est le plus proche des ceintures modernes, qui sont manufacturées pour être environ 15 cm plus longues que la circonférence au niveau de la taille. Dans sept tombes présentes à Birka, en Suède (#488, #750, #761, #918, #949, #1030, #1076), les éléments métalliques (boucles et embouts) ne sont jamais à plus de 10 cm de distance (Arbman 1943) et des positions similaires existent partout en Europe – on peut mentionner les tombes du territoire de Grande-Moravie (i.e Kalousek 1973: 33, Fig. 13) ou celles danoises (Arents – Eisenschmidt 2010b: 301, Taf. 3). Il n’y a que très peu de ceintures avec un bout pendant dans l’iconographie du moyen-âge précoce, qui est plutôt schématisée que détaillée. Les ceintures n’y sont que rarement visibles car elles semblent être cachées par le bourrelet de la tunique qui la couvre, ce qui peut être vu comme étant un élément de mode d’époque. Il en résulte donc que la position de la ceinture ressemble à une mince ligne horizontale.

Il y a une contradiction entre cette information et certains éléments archéologiques, puisque certaines ceintures d’époque avaient des embouts suggérant qu’elles pendaient. L’exemple le plus détaillé vient de certains embouts représentant des animaux et des humains et placés sur toute la longueur. Dans certains cas, il y existe des représentations d’Hommes nus, ce qui pourrait impliquer que l’embout ait pu atteindre les parties génitales pour les symboliser ou les mettre en évidence (Thomas 2000: Fig. 3.16, 3.27). La liste qui suit va présenter quelques façons possibles d’attacher une ceinture historiquement.

Fig. 2 : Sélection d’iconographies peintes du 9è au 11è siècle représentant une ceinture cachée sous un pli de la tunique.
De gauche à droite : British Lib. MS Arundel 60, 4r, 11è siècle; BNF Lat. 1,423r, 9è siècle; British Lib. MS Stowe 944, 6r, 11è siècle; XIV.A.13, 29v, 11è siècle.

Fig. 3 : Embouts de ceinture représentant un homme nu.
Thomas 2000: Fig. 3.16, 3.27.


Fig. 4 : Une rare représentation d’un bout de ceinture pendant dans l’iconographie européenne occidentale. Manuscrit : Latin 1141, Fol. 14, 9è siècle

  • Bout Libre
    La forme la plus simple que représente la ceinture est quand elle est portée à sa taille la plus courte. Le bout est assez court pour ne pas obstruer les travaux manuels et puisqu’il suit immédiatement la forme de la ceinture, il peut être caché sous le pli de la tunique. Des représentations de ce type de ceinture peuvent être observées dans des iconographies du 13è et 14è siècle. De plus, il existe une ceinture datant du début du moyen-âge, en Lettonie, qui avait un anneau de métal à son bout pour agripper la dent de la boucle. La même méthode avait été utilisée pour une ceinture retrouvée dans le tumulus de Čingul, en Ukraine, au 13è siècle (Отрощенко – Рассамакин 1983: 78).

Fig. 5 : Reconstitution de ceintures datant de 400 à 700 après J-C de la région de Zollernalb, en Allemagne.
Schmitt 2005: Abb. 15.

Fig. 6 : Reconstitution d’une ceinture d’Hedeby.
Arents – Eisenschmidt 2010b: 140, Abb. 61.

  • Rentré derrière la ceinture
    Un autre moyen simple de porter la ceinture est de placer le bout derrière la ceinture déjà attachée. Nous avons au moins une preuve d’une telle manière de porter la ceinture, en provenance de l’Angleterre Saxonne où une ceinture passant au travers de la boucle, retournée et rentrée derrière elle-même à été documenté (Watson 2006: 6-8). On obtient ainsi une ligne perpendiculaire par rapport à la ceinture et permet aussi de garder la face des embouts visible. Dans le cas ou une tunique vient faire un pli par-dessus la ceinture, on peut facilement l’ajuster pour former qu’une seule ligne.


Fig. 7 : Bout de ceinture retournée après avoir passé au travers de la boucle et rentrée derrière a ceinture déjà attachée. Carrière de Shrublands, Watson 2006: Fig. 6.

  • Rentrée dans une boucle de ceinture
    Les boucles de ceinture (NDT: à ne pas confondre avec la boucle (tout court) permettant d’attacher la ceinture avec sa dent. Voir images ci-bas) sont très rare en termes d’exemples archéologiques. Un de ces objets à été retrouvé dans le tumulus de Gokstad (C10439) et était ajusté à la taille d’un embout provenant de la même tombe (Nicolaysen 1882: 49, Pl:X:11). Une autre boucle de ceinture aurait apparemment été retrouvée à Birka dans la tombe #478 (Arbman 1943: 126). En se basant sur le fait que ces boucles de ceintures apparaissent le plus souvent avec des éperons ou des jarretières qui font 2 à 3 cm de large (i.e. Andersen 1993: 48, 69; Thomas 2000: 268; Skre 2011: 72-74), on peut assumer que si elles étaient utilisées avec des ceintures, on devrait être en mesure d’en retrouver plus facilement. Il est possible qu’elles se soient corrodées avec le temps, qu’elles furent constituées de matériaux organiques ou bien que des exemplaires seront éventuellement retrouvés dans le futur.

Fig. 8 : Reconstitution de la ceinture de la tombe #478 de Birka.
Arbman 1943: 138, Abb. 83.

Fig. 9 : Tentative de reconstitution de la ceinture de la tombe #949 de Birka, en y intégrant une boucle de ceinture en cuir.
Auteur : Sippe Guntursson.

  • Utiliser deux trous
    Une solution relativement élégante utilisée par certains reconstituteurs est d’utiliser deux trous consécutifs et de passer la dent dans ces trous, le bout passant ainsi sous la ceinture. De cette façon, toutes les composantes de la ceinture sont visibles. Cette méthode à été documentée dans au moins deux fouilles archéologiques en Grande-Bretagne et en Belgique, datant du 6è/7è siècle (De Smaele et al. Article en préparation; Watson 2002: 3). Cette même méthode est également connue au début du moyen-âge en Lettonie. Dans les cas où la tunique fait un pli par-dessus la ceinture, celle-ci peut facilement être ajustée pour ne former qu’une ligne.

Fig. 10 : Utiliser deux trous permettant de placer le bout de la ceinture derrière la boucle.
Autheur : Erik Panknin.

  • Attacher avec une lanière
    Une autre manière esthétique, mais non documentée, d’attacher une ceinture est d’utiliser une lanière qui tient la dent, avec le bout de la ceinture passant derrière la boucle. Il n’existe aucune preuve d’un tel système d’attache.

Fig. 11: Fixer la boucle avec une lanière attaché à la ceinture. Une hypothèse infondée.
Auteur : L’Atelier de Micky.

  • Rentrer le bout dans le trou d’une boucle.
    Les boucles possédant une ouverture rectangulaire, en plus de l’anneau typique, sont très communs dans les régions d’Europe de l’Est. Après avoir attaché la ceinture avec la dent, le bout peut être passé dans cette ouvertureet ainsi pendre vers le bas. Dans les cas où la tunique fait un pli par-dessus la ceinture, celle-ci peut facilement être ajustée pour ne former qu’une ligne.


Fig. 12 : Reconstitution de la ceinture du tumulus de Berezovec.
Степанова 2009: 250, рис. 18.

  • Noeud dans la ceinture
    Le système le plus fréquemment utilisé par les gens en reconstitution est sans nul doute un nœud fait ainsi : après avoir passé au travers de la boucle, le bout est rentré derrière la ceinture par en dessous et est ensuite passée dans l’ouverture ainsi créée à partir de la ceinture elle-même. On crée ainsi une direction perpendiculaire à la ceinture, en plus de garder la face de celle-ci visible. Cette méthode d’attache en nœud, bien qu’utilisée avec des ceintures bien plus courtes que ce que l’on voit en reconstitution, est retrouvée en France mérovingienne (France-Lanlord 1961). Il est également très probable que ce même système ait été retrouvé dans une tombe du cimetière de l’Église Saint Michel à Workington, en Angleterre. Ces nœuds étaient fréquemment utilisés au 13è et 14è siècle.

Fig. 13 : Reconstitution d’une ceinture Mérovingienne de Saint Quentin.
France-Lanlord 1961.


Ceintures composites avec un long bout

Certaines ceintures décorées du début du moyen-âge, en Europe de l’Est, sont fabriquées d’une façon plus complexe, avec un ou plusieurs bouts plus longs. Dans le cas où la ceinture possède plus d’un bout, l’un de ceux-ci – généralement le plus court – est fait pour être fixé à la boucle, alors que les autres sont soit fixés directement sur la ceinture ou sont la partie extérieure d’une ceinture composite à deux épaisseurs. Les longs bouts de ces ceintures sont faits pour être entourées deux fois, rentrer dans une boucle de ceinture ou derrière la ceinture elle-même. La longueur de ces bouts n’est pas standardisée, mais on ne dispose d’aucune preuve montrant que ces bouts descendaient plus bas que l’entrejambe du propriétaire. À la recherche de parallèles, on peut remarquer qu’une telle ceinture possède des similitudes avec des harnais de chevaux. Il semblerait donc que ces ceintures puisent leur origine chez des peuples cavaliers, avant de garder leur position comme éléments de richesse et de statut social pour ensuite être adoptées par des cultures voisines sédentaires. On peut au moins dire que ces ceintures, plus longues, étaient faites pour accueillir plus de décoration et pour permettre au propriétaire d’ajuster plus facilement la longueur, que ce soit pour des raisons pratiques ou esthétiques.

Fig. 14 : Ceintures composites à longs bouts.
A, B – Ceintures de Gnezdovo (Мурашева 2000: рис. 109, 113), C – Ceintures de Nové Zámky (Čilinská 1966: Abb. 19), D – Ceinture de Hemse (Thunmark-Nylén 2006: Abb. III:9:3), E – Reconstitution de méthodes d’attaches de ceinture de Káros, en Hongrie (Petkes – Sudár 2014).


Conclusion

Le sujet des ceintures en reconstitution est, sans nul doute, un sujet controversé puisqu’il implique tous les hommes du domaine. Les ceintures sont souvent coûteuses et même une suggestion se voulant à l’origine être une critique constructive, peut facilement amener des réactions négatives. Celles-ci sont inutiles, cependant, puisqu’il n’y a probablement aucun reconstituer qui n’ait jamais porté de longue ceinture. Nous pensons que ce reconstitutionisme, existant depuis plus de 30 ans partout dans le monde, puise son origine dans ces facteurs :

  • La réticence de certains à faire leurs propres recherches historiques, menant à l’imitation de modèles populaires

  • La mauvaise interprétation des sources, ou la difficulté d’en trouver

  • La présence de ceintures peu chères et facilement disponibles, bien qu’incorrectes au niveau historique, vendues sur Internet avec une taille moyenne d’environ 160cm

  • La réticence de certains organisateurs d’événements ou de reconstituteurs de parler du problème.

Dans cet article, nous avons montré que les ceintures historiques n’avaient souvent pas de long bouts pendant et que la longueur maximale de celles existantes allaient jusqu’au niveau de l’entrejambes, ce qui aurait pu avoir une signification. Chacune des manières décrites ci-haut pour attacher les ceintures ne devrait être incompatible avec les sources dont nous disposons. Cependant, tel que décrit, la longueur des ceintures et la manière de les porter dépendait des traditions locales. L’Europe Occidentale semble avoir préféré des ceintures plus délicates et discrètes, alors que l’Europe de l’Est semblait préférer des ceintures plus ostentatoires pour montrer les décorations qu’elles comportaient.


Bibliographie

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Arbman, Holger (1943). Birka I. Die Gräber. Text, Stockholm.

Arents, Ute – Eisenschmidt, Silke (2010a). Die Gräber von Haithabu, Band 1: Text, Literatur, Die Ausgrabungen in Haithabu 15, Neumünster.

Arents, Ute – Eisenschmidt, Silke (2010b). Die Gräber von Haithabu, Band 2: Katalog, Listen, Tafeln, Beilagen, Die Ausgrabungen in Haithabu 15, Neumünster.

Čilinská, Zlata (1966). Slawisch-awarisches Gräberfeld in Nové Zámky. Archaeologia slovacca, Fontes, t. 7, Bratislava.

De Smaele, B. – Delaruelle, S. – Hertogs, S. – Scheltjens, S. – Thijs, C. – Van Doninck, J. – Verdegem, S. (in print). Merovingische begraving en middeleeuwse bewoning bij een bronstijd grafveld aan de Krommenhof in Beerse, AdAK rapport 17, Turnhout.

France-Lanlord, Albert (1961). Die Gürtelgarnitur von Saint-Quentin. In: Germania 39, 412-420;

Kalousek, František (1971). Břeclav-Pohansko. 1, Velkomoravské pohřebiště u kostela : archeologické prameny z pohřebiště, Brno.

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Степанова, Ю.В. (2009). Древнерусский погребальный костюм Верхневолжья, Тверь, Тверской государственный университет.

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Watson, Jacqui (2006). The Identification of Organic Material Associated with Metalwork from the Anglo-Saxon Cemetery at Smythes Corner (Shrublands Quarry), Coddenham, Suffolk, Portsmouth : English Heritage, Centre for Archaeology.

8. března 2021

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